Quelques mots sur Mirande...

... en présence de Monseigneur Ricard, à l'occasion du vernissage de l'exposition "Mirande entre Écrit et Éclat", Maison saint Louis Beaulieu.

À l'automne 1997, Raymond Mirande disparaissait en laissant une œuvre considérable, une œuvre de poète, de vitrailliste et d'émailleur.

Une date anniversaire n'est qu'un prétexte pour reparler de cette œuvre, pour la donner à voir à nouveau, pour en creuser des sillons encore inexplorés.

Il est bon pour nous, aujourd'hui, de nous arrêter devant les œuvres de Raymond Mirande. De prendre le temps de la contemplation, de la lecture.

Quand je dis "lecture", je ne parle pas seulement de ses poèmes, je parle aussi de ses images... lire les émaux de Mirande, lire les vitraux de Mirande...

Mirande est habité par les mots, pétri des Écritures, familier des évangiles.

Mirande a cette incroyable capacité de se saisir d'un texte, d'un thème, et d'en faire une image qui n'en sera jamais une illustration.

Mirande n'illustre jamais les textes, il les lit, il les interprète.

C'est ce qui rend ses images profondes, énigmatiques sous une apparente simplicité, déroutantes sous une fausse évidence, parfois aux limites de l'abstraction...

Mirande est pour nous un éveilleur d'Écriture...

Pour nous chrétiens, il a offert à nos prières des richesses qui restent à explorer, il nous séduit d'abord par l'éclat de ses matières et le chatoiement précieux de ses couleurs, mais il nous prend profondément au sérieux, rien de gratuit ici, rien de décoratif...

Chaque ligne trace un champs nouveau d'interprétation, il faut dénouer les nœuds, les entrelacs, contourner les figures, en retrouver les contours, scruter chaque détail, retrouver l'ensemble… L'énigme est partout, la question sans cesse ouverte et, au bout du compte, on n'est jamais bien sûr de voir ce qu'il fallait voir... c'est exactement le travail que l'évangile lui-même attend de nous.

On trouve chez Saint Augustin : "Admirable profondeur de tes oracles, dont voici devant nous la surface, attrayante pour les petits ! Mais admirable profondeur, mon Dieu, admirable profondeur ! Effroi sacré à fixer son regard sur elle, effroi de respect et tremblement d'amour !"

L’Écriture, comme l'image de Mirande, a d'abord sa "surface attrayante", l'histoire, la matière, merveilleuse, fascinante, et puis quand on commence à se pencher dessus, à la lire, s'ouvre la terrifiante et admirable profondeur, on entre dans le "labyrinthe des figures".

Il fallait que l’Église célèbre Mirande, la Commission Diocésaine d'Art Sacré y tenait beaucoup, vous avez aussitôt accueilli la proposition avec joie et sans réserve et nous vous en remercions. La bibliothèque diocésaine s'est saisie de l'idée pour en faire la belle exposition que vous verrez.

Ici dans le hall, nous avons voulu redonner à voir les vitraux, conçus pour le séminaire en 1964, présents ici dans cette maison pendant de longues années et qui s'apprêtent à rejoindre la nouvelle église Notre-Dame du Lac.

Preuve que l'œuvre de Raymond Mirande est encore vive, qu'elle accompagne l’Église de Gironde aujourd'hui qu'elle nous aide même à faire le lien avec celle de demain...

Raymond Mirande sera honoré par sa ville à Gradignan à la rentrée, ce sera une grande et belle rétrospective, bien plus riche que ce que nous présentons modestement ici, il ne faudra pas manquer d'aller mesurer à nouveau l'ampleur de cette œuvre.

L’événement sera double puisque nous aurons aussi un aperçu du travail de Christophe Mirande, le fils, émailleur lui aussi.

Il va falloir apprendre à redonner son prénom à Mirande, puisqu'ils sont deux désormais.

Ce sont deux œuvres de poètes, habités par l'Esprit…

Ce qui est normal quand on se frotte à l'art du feu.

Maison saint Louis Beaulieu, 21 juin 2017

Sylvain de Resseguier,

de la Commission Diocésaine d'Art Sacré